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Pourquoi la question de GENRE te concerne ?

Pour commencer, il est peut-être important de dire que les genres* sont une création

sociale. Que le sexe n’est pas synonyme de genre, puisque socialement être une femme ou être un homme englobe bien plus que l’organe génital avec lequel on est né.e. Les genres, comme on les connait aujourd’hui, sont une multitude de codes binaires qui génèrent de la

discrimination et de l’inégalité, en plus de l’effacement des cultures colonisées et ancestrales qui avaient, et ont toujours, une palette de genres bien plus diverse, aussi bien

que des rôles sociaux bien plus vastes, que cette imposition européenne du : féminin x masculin.


C’est d’ailleurs sur ce point que s’appuyent de nombreuses.eux historien.e.s et philosophes décolonialistes, pour expliciter pourquoi les peuples colonisés sont souvent les plus incisivement sexistes : parce que la binarité de genre ne leur a pas été introduite depuis la naissance, mais à travers la violence des colons… Une cicatrise et un trauma que l’on porte encore de nous jours, notamment dans mon pays, le Brésil : un territoire sensé être l’apogée de la diversité, mais qui présente en réalité un taux épouvantable, parmi les plus élevés, de violence contre les personnes transexuelles, surtout si elles sont pauvres et noires.


Mais je n’ai pas menti dans le titre de cette article, quand j’ai dit que cela te concerne

personnellement, toi qui me lit. Que tu sois homme ou femme cisgenre*, transexuel, non-

binaire ou fluide… toi, comme moi, comme nous toutis, t’as sur tes épaules les

lourdes projections sociales du genre que t’es sensé.e représenter.


Et si tu ne ressens pas cette lourdeur, c’est d’une part parce que tu es peut-être en position

de privilège (ce que te confère une possibilité de soutenir celles et ceux qui ne le sont pas),

ou d’autre part, parce que tu ne t’es pas encore rendu compte que ce que tu crois être ton

genre, est en réalité un amalgame de traditions qui t’ont été imposées par une culture dominante, qui te prive d’une découverte personnelle et naturelle* de soi.


Toi femme cisgenre, qui te sens bien dans ta peau de femme (comme notre société

l’entend), si demain t’arrête de te raser, tu décides d’avorter ou tu t’engages dans une vie de célibat, tu crois que rien ne changerait ? Et savais-tu que parmi les causes les plus élevées de mortalité des femmes au monde, il y a le féminicide : crimes commis contre les femmes, exclusivement à cause de leur genre ?


Toi homme cisgenre, qui te sens bien dans ta peau d’homme, savais-tu que le taux de suicide parmi les individus qui s’identifient comme étant des hommes, est le plus élevé ? Puisqu’en raison des attributs supposés à leur genre, ils ont grande difficulté à se confier et à demander de l’aide au point d’en arriver à cet extrême ?


Je m’excuse d’utiliser ces durs exemples, et je te rassure que ce n’est pas mon intention de

te faire remettre en question ton identité. Mon but ici, c’est de t’inviter à élargir ton regard

pour voir que les genres, comme ils nous sont assignés, tuent aussi des hommes et des femmes, qui sont pourtant la représentation même de l’idéal binaire social. Peux-tu alors imaginer la violence réservée aux personnes qui transgressent ces codes ?


Les personnes queers*, transgenres, non-binaires, fluides, femmes et hommes atypiques (et j’espère bien d’autres identités que l’on aura encore la chance de connaître), sont

explicitement concerné.e.s par la question du genre. Mais je n’aimerais pas que toi,

personne cisgenre, tombe dans l’illusion que ce sujet ne te concerne pas, car c’est ta liberté, ton intégrité, ton expressivité, ta vie et ton existence qui sont aussi en jeu.


Aussi, les personnes cisgenre sont celles qui font le plus d’enfants*, il est donc aussi

fondamental de s’intéresser à ce sujet pour le bien-être des enfants, pour leur liberté

d’expression et le respect de l’expression des autres.


Merci de ton écoute et liberté à nous toutis !

Sarah Poli


*
  • genre : idée générale, concept, classe d’êtres plus générale que l’espèce.

  • cisgenre : quand le genre ressenti par une personne correspond à celui qui lui a été assigné à sa naissance. Quand la société ne s’oppose pas au genre ressenti, puisqu’il est en accord avec ses conventions.

  • découverte naturelle : qui appartient à la nature d’un être.

  • queer : personne dont l’identité de genre ou orientation sexuelle ne correspond pas aux modèles dominants.

  • pas par une capacité physiologique plus importante, mais par l’aisance d’un privilège structurel qui facilite la démarche.


Je vous invite à découvrir l'épisode Non-binarité et Authenticité, et l'épisode Identité et Authenticité chez DENSA Podcast, où nous abordons la question de genre avec Prichia, personne non-binaire qui s'assume dans sa musique, et Wakanda ETNi, femme qui a passé une grande partie de sa vie à se faire passer pour un homme, pour éviter les violences et les harcèlements qu'elle subissait en tant que femme :




Références

Colonialité du genre, la pensée de Maria Lugones

« Seul·es les civilisé·es méritaient le qualificatif d’hommes et de femmes. Les peuples autochtones des Amériques ainsi que les Africain·es esclavisé·es, se situaient eux dans la catégorie des non-humains dans leur espèce, et comme les animaux, ils étaient vus comme des sauvages à la sexualité débridée. L’homme moderne européen, bourgeois, colonial, est devenu un sujet/agent, destiné à gouverner, à la vie publique, un être de civilisation, hétérosexuel, chrétien, un être d’esprit et de raison. La femme européenne bourgeoise n’était pas perçue comme son complément, mais comme quelqu’un qui reproduisait la race et le capital à travers sa pureté sexuelle, sa passivité, son attachement au foyer et au service de l’homme blanc européen et bourgeois.


Genre, sexe et théorie décoloniale, les Cahiers du CEDREF

Les Cahiers du CEDREF sont une revue pluridisciplinaire féministe de parution annuelle. La revue est rattachée au Centre d’enseignement, de documentation et de recherche pour les études féministes (CEDREF) de l’Université Paris Diderot. Elle est spécialement orientée vers la recherche de pointe (féminisme postcolonial et transnational) et la traduction de textes fondateurs dans le domaine ainsi que la jeune recherche en études féministes.


Les féminismes du Sud ancré. Vers une politique de la Terre habitée, Lina Álvarez-Villarreal

A quoi ressemble l'écoféminisme d'Amérique du Sud ? Lina Álvarez-Villarreal revient dans ce texte sur ses spécificités. Parmi celles-ci, se dégagent notamment deux exigences : comprendre les multiples conséquences de ce que la colonisation a produit sur les femmes, les hommes et la Terre et apprendre à habiter librement depuis des histoires, des savoirs et des milieux dont on prend soin. Lina Álvarez-Villarreal 19 mai 2023


Violencia de Genero, Rita Von Hunty / Tempero Drag


Pourquoi les hommes se suicident-ils plus que les femmes ?, Allo Docteurs


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